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 vos coups de coeur et poemes

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mamymum
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Dim 24 Nov 2013 - 18:41

flmulti flmulti  Il y a eu erreur . 










 



 


Dernière édition par mamymum le Dim 24 Nov 2013 - 20:37, édité 2 fois
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JièmeK
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Dim 24 Nov 2013 - 18:57

Que cela reste entre nous MMM


Dernière édition par JièmeK le Lun 25 Nov 2013 - 18:06, édité 2 fois
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mamymum
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Dim 24 Nov 2013 - 20:34

Si on veut ;

mais , avec toutes mes excuses, je n'y suis pour rien .  Je ne sais pas où se situe la redirection .

Effectivement quand je clique sur le lien mis sur Planète (ce que je n'avais pas vérifié ) voilà ce que j'obtiens , autrement  ditun avertissement de mon navigateur :




Hors , j'ai collé le lien pris chez free dans mon note pad , et lorsque je clique sur ce lien , j'obtiens le téléchargement du .PPS , sans problème . 



Je suis sûre que cela ne vient pas de chez FREE . 

Comment faire ?  

J'edite en collant ou tapant directement le lien dans la barre d'adresse , j'obtiens aussi  le téléchargement .

flmulti
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jackie
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Dim 24 Nov 2013 - 23:36

flmulti  De quelle erreur parles-tu, Mamymum ?Surprised 



j'ai bien aimé ce poème de Charles Baudelaire aime 



Jack et son voyage en Indonésie me fait penser à ceci :





Citation :

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.
Joachim du Bellay, Les Regrets

(1522-1560)








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mamymum
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Lun 25 Nov 2013 - 16:51

Bonjour , 

Jackie , il s'agit du lien d'un .PPS : le redressement du Concordia , le paquebot de croisière echoué au large de l'Italie .

Le lien mis avec l'onglet, sur le précedent message, rectifié erreur  est automatiquement redirigé vers le résultat qu'à obtenu JM . 

   faché  Ça devient de pire en pire cet Internet porno ou apparenté : je ne sais si tu as vu , mais c'est un lien qui mène sur singlesalad , qu'est ce que ça serait si la salade était composé !!

Bref, il faut pour avoir le .PPS , TAPER   dl.free.fr/ktWUcqLJA directement dans la barre d'adresse , hors le site de Planète , et on l'a .J'ai essayé deux fois .  
j'enregistre toujours avant d'ouvrir , mais chez free tous les liens avec envois sont systématiquement passés à l'antivirus , mais pas pour une redirection qu'il ne peuvent prévoir . 

Voilà, voilà . Bonne PM . flmulti
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mamymum
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Mar 3 Déc 2013 - 21:23

Un .PPS , à télécharger , pour d'autres hobbies 



Bonne soirée flmulti
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JièmeK
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Ven 20 Déc 2013 - 14:49

Salut



Ancienne Miss France et sa première dauphine


























.
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mamymum
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Sam 21 Déc 2013 - 14:30

Ç 'est ce qu'on appelle de l'humour dépassé et cruel ,  parsemé , espérons le, de quelques graines de bonté .

mais vous êtes spécialiste , avec un long entrainement !!

Et malgré tout , on en rit ! puisque
 
"La dérision en toutes choses est l'ultime défi au malheur."


 flmulti






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mamymum
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Jeu 30 Jan 2014 - 21:16

Un lien pour se booster les neurones , particulièrement ceux qui engrangent nos mémoires diverses :






 flmulti
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jackie
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Jeu 30 Jan 2014 - 22:08

flmulti Merci Mamymum, j'aime bien ces jeux et exercices, je me suis bien amusée . fleurbleue 
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mamymum
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Sam 14 Juin 2014 - 19:38

Un beau texte, pour le partage, alors qu'on entre en période où une canicule n'est pas exclue.





le texte

Cette fiction est née d’une rencontre entre un souvenir personnel d’hiver canadien très précis, envahissant ; et des questions comme que fait-on sur cette terre, on ne s’y habitue pas. C’est une expérience un peu étrange, et utile comme un manteau de neige (les idées poussent en dessous).


Dans la neige, creuser un trou. Les chiens, à côté, font de même. Je creuse calmement. Je vis le plus beau moment de ma vie.

Je sais que ça ne se fait pas, de dire ça. Il faudrait choisir : la naissance de mes enfants, le jour de tel premier baiser. C’est vrai aussi, c’est beau, ces moments où l’on prend une nouvelle place, ces moments où l’on ajoute une fonction, une utilité à son existence. Mère de. Amante, compagne, épouse. Le jour où l’on achète une maison, en plus petit, est un jour de gloire. Propriétaire de. Avec une voiture, en minuscule, ça marche un peu aussi. Une naissance, c’est le mieux. Une nouvelle utilité à soi accordée, et la magie d’une vie qui débute. Il y a de quoi s’extasier.

Mais je maintiens que ce trou dans la neige, c’est le plus beau jour de ma vie. Trois journées de randonnée hivernale au Canada, sur un traîneau tiré par des chiens. Une demi-journée pour apprendre à manier le traîneau, à connaître la meute, à dialoguer uniquement avec le chien qui est le chef du petit groupe de six animaux. Le départ, après le déjeuner, pour soi et pour les chiens. Comme c’était écrit sur le dépliant, Raid Hiver Aventure. J’ai bien conscience qu’on me vend du rêve. J’ai bien conscience d’être une urbaine contemporaine, enfermée dans une société de loisirs, et qui travaille tant qu’elle s’offre une échappée au loin, à la merci des promoteurs du bonheur sportif et naturel, un retour aux sources formaté pour elle. Je me sens si caricaturale, j’ai tellement conscience de ce que représente l’artifice de ma promenade dans la neige que je suis surprise par la neige elle-même.

Je creuse la neige. C’est là qu’il va falloir dormir. Quand il fait moins trente-cinq degrés, moins cinquante en température ressentie, à cause du vent froid et humide qui incruste de petites étoiles de givre la moindre mèche de cheveux échappée, tiède encore, du bonnet épais qui couvre les oreilles, quand il fait si froid, on vient chercher près de la terre couverte par le manteau blanc un peu de tiédeur, une température légèrement inférieure à zéro, la chaleur vert clair où éclosent, dans leur audace, quelques embryons de plantes dont j’ignore tout, et qui m’ignorent aussi bien.

Il fait blanc. Il fait humide. Il fait nuit plus sombre que je n’aurais cru, autour du feu de camp.

M’a-t-on vendu du rêve ? Je récolte du froid.

Est-ce du tourisme de masse ? Non.

Est-ce du tourisme ? Non plus. Je commence à en douter. J’ai de plus en plus l’impression que les moniteurs ne sont pas des moniteurs, mais des gens qui vivent dans ce monde-là, celui de la neige et des chiens, que nous sommes non pas leurs invités, non pas leurs clients, mais juste des gens là, transparents, qui n’appartenons pas plus à leur monde que tous ces objets que nous avons laissés là-bas.

Nous n’avons pas de téléphone, ni d’appareil photo : il fait trop froid. On dormira dans la neige, avec une couverture étanche autour de nous, et les chiens aussi, ensemble, à se tenir chaud. On le savait, mais dormir avec ces chiens surprend, par l’intensité familière. Une journée ensemble dans la neige aura suffi pour que je niche sans pudeur mon nez dans le poil doux d’un animal inconnu la veille. Et ce, au-dessus d’un sac plastique, appelé couverture de survie, posée au fond du trou. Au-dessous d’un auvent pliable, posé là comme un parapluie, mais solidement ancré dans la neige. Je respire le chien. C’est comme se surprendre à renifler longtemps son nouveau-né. Se surprendre à être soi-même animal.

Est-ce du tourisme ? Non. Pas exactement. Notre guide est jeune, et ressemble déjà à un trappeur usé. Il appartient à la tribu des hommes d’autrefois, qui n’ont pas oublié comment creuser la neige, ont simplement remplacé une peau de bête tannée à la pierre par un tissu argenté qui ne laisse pas passer l’eau. Leur esprit aussi est étanche. Le sourire est là, l’amabilité est là, mais leur esprit est dans la forêt. Cela se sent. Il se tient très loin de ce qui nous préoccupe. L’homme d’autrefois nous emmène, quelques-uns. Petit groupe de quatre adultes d’aujourd’hui, en bonne santé. Le guide nous a demandé si nous nous portions bien. Nous parlons peu. Chacun est sur son traîneau, avec quelques affaires, son ravitaillement, celui de sa meute. Le soir, chacun dort avec ses chiens. Chaque humain dans son trou, sous le ciel froid, dont les étoiles font ressentir le vide.

Ces hommes d’autrefois nourrissent leurs chiens. Nous sommes une façon de leur apporter leur nourriture. Ils pourraient chasser des cervidés, mais il y a des lois. Nous sommes les cervidés. Nous sommes le bétail. Nous apportons la nourriture aux chiens. On ne nous tue pas. On sourit, on encaisse un paiement. C’est indirect. Nous avons toute l’importance d’une source de protéines ; exactement cette importance-là.

Le guide nous regarde avec la bienveillance du fermier sur ses vaches. Ou alors, je cherche un point de repère, une référence connue. Pourtant, je crois vraiment qu’il dit mon prénom comme celui de ses chiens, ou de vaches d’un troupeau : on se nomme chacun Vie utile. C’est une sorte de nom indien. Et sinon, on peut être mangé. Il fait si froid ici.

Creuser un trou avec ses mains, ses pattes. La neige n’est pas dure, sous la croûte légère du dessus. Dans la forêt, l’immense forêt canadienne, il n’y a pas eu beaucoup de pas pour la tasser. Quelques traces d’animaux passés par là permettent de dater la dernière tombée de neige. Sous les arbres, les pas s’effacent, à cause de la neige qui s’éparpille à nouveau, quand le vent souffle et la lance en pluie fine, depuis les branches jusqu’au sol blanc. Pour remonter, il faudra tasser la neige en escalier. Pour remonter, même si remonter semble improbable en cet instant.

Il y a dans ce creux une chaleur d’utérus. Et c’est tellement idiot et caricatural de se dire ça. C’est simplement une chaleur animale.

Il y a dans ce creux une chaleur d’étable. Trop biblique.

Il y a dans ce creux une chaleur primordiale. Celle-là. Celle qui vient de si loin que j’en ignorais tout. C’est cela que je découvre, dans ce trou. Je descends de l’homme-animal depuis si longtemps, depuis tant de générations, que je ne connais rien de ces gestes ancestraux : creuser la neige, parler au chien. Dans ce trou dont il faudra péniblement que je remonte, faisant du bout du pied un escalier fragile, en allant assez vite pour ne pas trop peser.

Tout est poids dans cet univers. Le traîneau est fait de branches tressées solidement, mais aussi ajourées que possible. Pour tenir les sacs, un tissu solidement noué suffit. À moi de me faire légère, de courir avec les chiens à la moindre montée.

Dans les chaussures, des chaussons de plastique. Dans les chaussons étanches, deux paires de chaussettes. Je chausse du 36, et ces bottes semi-rigides de trappeur sont un peu trop grandes pour moi, même dans le plus petit modèle. Sur les mains, des sous-gants de soie, avant les gants qui aggripent le traîneau. Ici, on multiplie les couches, on répète. Devant moi, trois rangées horizontales de chiens. Ou deux lignes verticales de chiens. Quoi qu’il en soit, ça va devant, les barreaux d’une échelle de Jacob. Devant à gauche, le chef de meute, qui aime cette place-là. Chaque chien à sa place - je ne me tromperai pas. Une seule paire de chaussures, pour courir, remonter les pentes, glisser avec le traîneau. Dans la neige, pour dormir, on délace un peu ses chaussures, on ne les enlève pas.

Un léger malaise au matin. C’est de rester dans les mêmes vêtements que la veille. Ou d’être avec des chiens qui connaissent la forêt, et repèrent des odeurs dans un univers blanc qui sent la neige, juste la neige, pour moi. Eux s’agitent, reniflent des animaux que je ne vois pas.

L’éblouissement du matin. Le chef de meute me suit quand je vais faire mes besoins. Il me fixe du regard, me surveille. Je fais partie de sa meute. On ne s’éloigne pas comme ça de son regard intense et prudent. C’est un lieu qui sert souvent de premier campement, les guides ont noué à la branche d’un arbre un chiffon jaune vif qui signale qu’on peut aller se cacher derrière ces buissons-là, pour un peu d’intimité, sans prendre de risque particulier. En tout, nous sommes cinq humains, ce n’est pas beaucoup. Ce matin, nous partons encore un peu plus vers le nord. Il n’y aura plus de chiffon. On va se diriger à la boussole. On devra sonder un peu le sol, dans les plaines, pour vérifier si on passe sur du sol, ou sur de l’eau sous la glace – dans ce cas, on passe tout de même, mais on évite de rester statique trop longtemps. On fera confiance aux chiens. Ils savent, eux, là où il faut passer, quel est le meilleur chemin. Il n’y a pas de trace à suivre. On monte au nord, pour écouter les loups.

Il n’y a pas que les loups : les écureuils d’hiver sont venus voir qui nous étions, voler des miettes en riant. Les cinq traîneaux repartent, après la brève collation. Les chiens se sont jetés sur leurs croquettes, et nous avons dévoré nos barres énergétiques. Les chiens ont eu aussi de la viande séchée, de fines lamelles blanchies au sel, leur gourmandise. On a des fruits secs dans nos poches, des amandes et des abricots dont la couleur orange vif surprend ici, des canneberges séchées, dont le rose sucré réconforte. On n’a pas changé de vêtement, ni pris de douche. La neige, le froid, ça fait qu’on se sent propre. On a ri de nos habitudes d’hygiène, venues de la saleté de la ville. Dans la nature, sa pureté supposée déteint sur nous. On se regarde les uns les autres, décoiffés, la sueur séchée sous les aisselles. On ne se fait pas d’illusions.

Le plaisir naît du silence. On a beau être cinq, quatre voyageurs accompagnés de leur guide, on ne parle pas de tout le jour. Le matin, les consignes, brèves, la direction à prendre : plein nord. Quelques plaisanteries rapides, mais chacun retourne très vite à ses chiens. Quelques mots échangés lors des relais, d’un parler lent : – Ça va ? – Oui. – Ça ira, pour prendre la tête ? Oui ? Tes chiens vont bien ? – Le jaune, là, a boité un peu. – OK, je regarde sa patte. Une boule de glace sous le coussinet, remets-lui de la vaseline. – OK. - Pause vaseline pour les pattes des chiens. – Je vais vérifier si ce matin, j’en ai passé assez entre les coussinets. – On vérifie tous. – OK. Ne les laisse pas trop manger de la neige. Tu as des croquettes pour eux dans tes poches ? – Oui. Petite fierté de novice d’y avoir pensé, au matin.

C’est tout. Je leur graisse les pattes, dans le silence revenu, sous les grands arbres blancs qui déversent, au gré du vent, un peu de neige supplémentaire. On se tait. On parlera ce soir, quand on mangera, quand on fera un feu. De l’autre côté de la clairière, passe un orignal. Il nous regarde. C’est un grand cervidé aux bois plats et ouvragés en ses pointes, un grand mâle solitaire. Je pense : orignal, original. Nom scientifique Alces alces, Alceste le misanthrope. Il nous regarde, je ne pense plus rien. Fascination réciproque. On dirait qu’il approuve notre sortie, nous souhaite bonne route, quand il incline sa tête, doucement. Autrefois, il y a eu sans doute ses cousines, des licornes, pour ouvrir la route aux voyageurs, dans les forêts d’Europe, quand c’était des forêts.

Ma place d’homme, c’est d’être ici, soutenu par l’animal, à la fois leur chef, leur soigneur, mais aussi à leur merci. Ils ont des griffes, et des dents. Je sens les griffes qu’ils retiennent quand je soigne leurs pattes. C’est tout près. Leur haleine tiède a des dents de loup. Je songe soudain qu’on n’a vraiment pas de téléphone. Pour un chien malade, éventuellement, ou blessé, un harnais pour le porter en bandoulière, comme un gros sac qui pèserait mon demi-poids en plus sur le traîneau, et ralentirait la course assurément. Et nous ? Les chiens nous ont choisis. Ils ont été d’accord. Le musher, le guide qui vit avec ces chiens, vit d’eux et pour eux, nous avait prévenus : après une demi-journée de travail avec les chiens, le chef de meute acquiescera ou refusera, pour le départ. Ceci ne se discute pas. Signez en bas.

Ce chien a accepté ma place d’être humain à ses côtés, avec sa meute. L’orignal nous observe posément. Je graisse les pattes des chiens. Le ciel est bleu et blanc. On monte vers le nord, parce que les humains se déplacent. Ils naissent rarement là où ils sont nés. Ne sont pas faits pour ça. Inventent les traîneaux. Dressent les chiens. Vont plus loin. Je suis fille du vent dans les cheveux, du mouvement, du ciel qui tourne. Ce soir, j’observerai la Voie lactée, avec un peu de chance, si le ciel est dégagé.



Cette gravure de Dürer me revient en miroir. La neige aussi donne des hallucinations. Non, je n’ai pas déjà vécu en 1513, sous la plume d’un graveur de Francfort qui connaissait les bois de l’orignal et savait qu’il fallait faire mon portrait ainsi, lumière à la main, ailes discrètes aux épaules, et queue à l’arrière pour venir plus vite faire mon office de chandelier. Ou alors, j’ai bien connu Dürer, mais je ne vous le raconterai pas. Il faudrait alors que j’explique que c’est lui qui a disposé au ciel certaines étoiles, pour en rétablir l’équilibre. Ça y est, le désert blanc me monte à la tête. Place d’homme.

On avance sur la neige. On ralentit devant un groupe de castors. On ne fait pas de bruit. Jamais je n’ai entendu un tel silence : sous les pas des chiens, la neige émet un léger sifflement, très doux, le traîneau semble fuir le bruit, nous sommes debout sous le ciel, nous longeons un sentier large qui est peut-être, l’été, celui d’une exploitation forestière, ce n’est pas loin d’une rivière, et soudain les castors qui s’affairent à leur barrage, on dirait qu’ils le consolident, ils ne sont que trois castors et je ne savais pas que c’était si grand, un mètre environ, j’avais dû confondre avec des marmottes, ils lèvent le nez vers nous, au bord de la rivière gelée, pas loin d’un de ces trous qui émaillent d’une tache sombre la carapace de glace de la rivière. Nous les saluons d’un mouvement de tête, les chiens ralentissent le pas. Je songe à communiquer avec mes pairs, moi aussi, avant de me perdre dans les souvenirs de Dürer. Dans la forêt blanche, on rencontre soi, parmi les castors.

Le soir, l’Australien se plaint de sa botte gauche, mouillée à l’intérieur, à cause des projections de neige. Il l’avait mal lacée. Son français est quasi inexistant, et le trappeur québécois refuse de parler anglais. Il rit, dit qu’il est déjà bilingue français-chien. L’étudiant de Montréal essaie de se faire traducteur. Moi aussi, qui ralentis mon français, essaie de me souvenir de l’accent de la Renaissance, jadis. Le trappeur n’a pas de botte de rechange, de toute façon. Il propose d’amputer l’Australien, au besoin. L’Australien ne rit pas du tout.

On fait un feu. J’apprends que les castors sortent la nuit, en général. Ce que j’ai pris pour un barrage, c’est une cache de nourriture, au milieu de la rivière gelée, où ils mettent leurs réserves pendant l’hiver. Il fait relativement beau, il y a du soleil, malgré les moins vingt-cinq degrés, ça fait un peu bouger la glace, il faut entretenir la cache constamment.

Nous aussi entretenons les pattes des chiens, avec la vaseline. Si c’était encore autorisé, on mettrait de la graisse d’ours, c’est mieux. On tartine nos peaux humaines de crème épaisse. On ne se lave toujours pas. Il faut creuser la neige, se mettre à l’abri pour la nuit. La température va descendre d’un coup sec, quand disparaîtra le soleil. Les chiens s’agitent, jouent un peu fort, se chamaillent. Nous voici deux, le chef de meute et moi, à apaiser nos animaux. Les chiens dominés se couchent sur le flanc, offrent symboliquement leur cou, la jugulaire, je caresse les poils et sens l’artère qui bat, le ciel se fait très rose, on va manger, la neige couleur de sang aiguise l’appétit, c’est l’heure.

On ne chasse pas. Ça ne fait pas partie du programme. Le musher chasse, lui, d’autres jours, mais n’a pas envie de s’étendre sur ses exploits devant nos oreilles de profanes, de gens des villes qui ne comprendraient pas comment on peut tuer un énorme orignal, dépecer la viande en lamelles, la faire sécher et la saler. Cette gourmandise qu’on donne pourtant aux chiens. Il ne nous dira pas qu’il a déjà mangé du castor, aussi, mais je le sens à la façon dont il explique que les dents des castors sont comme celles des rats, rongent tout, et que la viande de castor, c’est très gras. Il hausse les épaules. Dans ce monde froid, il faut manger, voilà tout.

La nuit tombe brusquement. Chacun regroupe vite ses chiens, recrée la chaleur du groupe sous l’auvent. On entend les loups.

C’est un hurlement qui déchire le ciel. Je sursaute : c’est cela qu’on nous a vendu, non ? C’est pour ce cri que nous sommes venus, le mot d’éco-tourisme me vient, je me traiterais bien d’imbécile et qu’est-ce que je suis venue faire ici. Parce que j’ai peur.

Au loin, une autre meute répond. Six, dix voix à chaque fois, pas plus. Mais les chiens s’éveillent à leur tour, et hurlent dans la nuit, dans le creux que nous avions fait ensemble. Je hurle aussi, avec eux. Cela va mieux. Je hurle de joie d’être là, de signaler ma position dans la nuit. Je dis qu’ici est notre territoire, ce soir. On crie. Je crois que le chef de meute me sourit. Il m’a donné un grand coup de langue, c’est sûr.

Les cris cessent brutalement. La nuit se fait plus noire. Et puis un faisceau vert s’agite doucement, offre en sa bordure des nuances d’une autre couleur, qui tire vers le roux. C’est une aurore boréale. J’en avais vu des photographies, mais le ciel immense et vibrant rend l’émotion plus forte encore que la stupéfaction de voir un ciel déchiré d’une telle couleur. Le ciel tout dégagé, plein d’étoiles, qui soudain se charge de lumière d’un vert iridescent, qui oscille, hypnotise. Les chiens s’endorment, leur chaleur me gagne. Au réveil, la neige tombe doucement.

Elle est partie, la carte postale. Le musher a les yeux sévères. L’Australien émet des réclamations pour n’avoir pas été réveillé par le guide, il a raté l’aurore boréale, la photo, l’instant sacré. Je sens l’instant où notre musher, couteau à la main, menacerait bien l’importun, lui ferait ravaler sa vindicte. Il a sa main posée sur sa cuisse. Sur sa poche. Les chiens, à ses pieds, se couchent. Il y a un chef de meute parmi nous.

Sous sa main, sur sa cuisse, il y a une boîte de sardines. Il en a cinq ou six sur lui, qu’il glisse sur son corps le matin, en les répartissant le long des poches qui ornent les jambes de sa combinaison. C’est important, c’est sa façon d’être un hôte délicat, un bon guide. Ainsi, lors du bivouac du soir, il nous offre à chacun une boîte de sardines maintenue hors gel tout le jour, tandis qu’il prépare le feu. C’est un drôle de feu, qu’il dresse bas et tout en longueur entre deux rondins de bois étroits, un feu prudent, un feu de trappeur, très loin de la prodigalité des flambées campagnardes.

La boîte de sardines a volé dans les airs. L’étudiant de Montréal, accompagné de son étudiante, aussitôt suivis par leurs chiens respectifs, s’éloignent pour aller la chercher : elle a manqué sa cible. L’Australien ne saura jamais si son front épargné a échappé de justesse à la bosse ou à la mort, si c’était volontaire ou non ; mais il se tait. On l’a remis à sa place. Ici, on avance, on ne se plaint pas. Si on me laissait la parole, je convoquerais l’an moins 218, Hannibal, la traversée des Alpes avec les éléphants. Mieux vaut que je me taise. Je n’ai pas très envie de recevoir une boîte de sardines à la figure. Et dans cette forêt blanche, ce serait mérité. Que les Anciens nous apprennent à vivre, en commençant par vivre silencieux.

Ce que j’ai vécu de plus beau, c’est la découverte de ce silence. Ici, parmi les hommes et sur la page, sur les plages et dans les bureaux, on parle, il y a du vent, des avions au loin, des bimoteurs sur les vagues et le vrombissement discret mais permanent de nos ordinateurs. On rentre : une longue journée de traîneau nous attend. J’y apprends ma place d’homme, à la surface de la nature. Non pas dans l’échelle des animaux, non pas tout en haut, c’est là le chef de meute d’abord, puis les loups sans doute, et les grands ours au-dessus. Ma place d’homme est à part, presque à côté, et prisonnière du réseau de dominations internes à mon espèce. J’appartiens à cette nature et lui suis extérieure, condamnée à l’inconfort du porte-à-faux. Je n’ai gardé de ce monde sauvage qu’un point de rencontre étroit, mon corps ; mes yeux émerveillés et la sensation du froid. L’équilibre est précaire.

J’en garde le goût de creuser la neige.


L'auteur(e) est prof de lettres classiques .
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anycha
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Mar 17 Juin 2014 - 3:24

MMM , je profite de cette nuit blanche pour parcourir la Planète .

 Je viens de lire cette fabuleuse aventure alors que je suis chez moi , confortablement installée devant mon PC et je me dis que malgré cette merveilleuse expérience , pour rien au monde je n'aurais voulu  la vivre .

 Ce texte est bouleversant et MERCI pour le partage .
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jackie
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Mar 17 Juin 2014 - 11:54

flmulti  Bonjour ,


Merci pour le partage, Mamymum, jolie aventure ... qui refroidit en effet un peu !  Very Happy 



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mamymum
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Mar 8 Juil 2014 - 20:48



Un joli texte d'un ancien instituteur:



"Tu le sais, bien sûr depuis longtemps, le coq chante, cocorico, la poule caquète, le chien aboie quand le cheval hennit et que beugle le bœuf et meugle la vache, l'hirondelle gazouille, la colombe roucoule et le pinson ramage Les moineaux piaillent, le faisan et l'oie criaillent quand le dindon glousse La grenouille coasse mais le corbeau croasse et la pie jacasse.
Et le chat comme le tigre miaule, l'éléphant barrit, l'âne braie, mais le cerf rait
Le mouton bêle évidemment et bourdonne l'abeille La biche brame quand le loup hurle.

Tu sais, bien sûr, tous ces cris-là mais sais-tu ? Sais-tu ? Que le canard nasille – les canards nasillardent ! Que le bouc ou la chèvre chevrote Que le hibou hulule mais que la chouette, elle, chuinte Que le paon braille, que l'aigle trompète Sais-tu ? Que si la tourterelle roucoule, le ramier caracoule et que la bécasse croule que la perdrix cacabe, que la cigogne craquète et que si le corbeau croasse, la corneille corbine et que le lapin glapit quand le lièvre vagit. Tu sais tout cela ?
Bien. Mais sais-tu, sais-tu ? Que l'alouette grisole, Tu ne le savais pas.
Et peut-être ne sais-tu pas davantage que le pivert picasse C'est excusable ! Ou que le sanglier grommelle, que le chameau blatère et que c'est à cause du chameau que l'on déblatère !
Tu ne sais pas non plus peut-être que la huppe pupule
Et je ne sais pas non plus si on l'appelle en Limousin la pépue parce qu'elle pupule ou parce qu'elle fait son nid avec de la chose qui pue.
> Qu'importe !
Mais c'est joli : la huppe pupule !
Et encore sais-tu ?
Sais-tu que la souris, la petite souris grise, devine ! La petite souris grise chicote.
Avoue qu'il serait dommage d'ignorer que la souris chicote et plus dommage encore de ne pas savoir, de ne pas savoir que le geai, que le geai cajole !
Sais-tu que la mésange zinzinule! Comme la fauvette d'ailleurs."


-------------

Et la fourmi croonde  heureux  heureux si je peux me permettre.

 flmulti 

"
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milout
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Mer 9 Juil 2014 - 9:05

Bonjour

Mamymum,... effectivement je sais qu'on ne sait jamais,...

Mais tu sais que le rossignol va chanter par cette belle journée qui commence et que les pies vont jacasser au festival d'Avignon ????

A+ bonne journée et merci pour cela.
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mamymum
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Ven 11 Juil 2014 - 20:01

je pense que tous les anciens de SP se souviennent de GPB -BOB-; ses provocations talentueuses, et son amour de la poésie par ailleurs.

voilà un de ses textes , mis sur un autre forum .:

JE TE DIS TU




Je ne te connais pas, pourtant je te tutoie, jamais tu ne m'as rencontré, et pourtant tu m'es familière…Je te parle et tu ne me réponds pas…

Sans doute es-tu déconcertée par ma hardiesse, à moins que tu n' aies perdu depuis longtemps la mémoire ! Mais au fait, comment pourrais-tu te souvenir de moi puisque, justement, tu ne m'as jamais vu ?…

Alors, aujourd'hui, c'est moi qui vais te parler, te parler de toi…Souviens-toi de ces instants…Te rappelles-tu ce beau jour d'été, calme et serein, autrefois, il y a bien longtemps ? Tu avais les cheveux lisses, sagement tirés en arrière et maintenus par une barrette de corne…Au cœur du mois de juin, il avait fait toute la journée un temps d'orage, mais pas vraiment, je veux dire un temps où il semble qu'on a du mal à respirer tant l'air est devenu léger, et tant il se fait rare et subtil, avec soudain des nuages comme un voile blanc et dans le lointain quelques grondements sourds et prolongés dans lesquels on entend déjà les prémisses du coup tonnerre annonciateur d'une grosse pluie libératrice…Mais l'orage capricieux n'était pas venu, il était passé au loin , plus au nord, et dans la touffeur de l'après-midi tu t'es assoupie, juste une heure, le temps pour toi d'oublier la canicule, le temps pour le soleil de descendre un peu dans le ciel…Puis le soir était venu…Comme ils sont beaux les soirs d'été au jardin ! Et, peut-être l'as-tu remarqué, tandis qu'au matin les oiseaux s'égosillent, chantent, et lancent vers le ciel leurs trilles modulées pour saluer les premières heures d'un jour nouveau au soleil retrouvé, les soirs d'été sont, au contraire, empreints d'un étrange silence…La chaleur est partie, elle a suivi le soleil dans sa course lointaine par delà de l'horizon ; il reste une petite fraîcheur qui vient soudain et qui tombe sur les épaules…pas grand-chose, rien à voir avec les bourrasques glacées de l'hiver, ni avec les tourbillons déjà froids de l'automne, mais tout de même, dans le soir d'été alors, on frissonne…Et toi, t'en souviens-tu, pour ne pas avoir froid, tu avais jeté sur tes épaules un grand châle noir à larges mailles, un châle que tu avais fait toi-même, au crochet, pendant les longues soirées d'hiver où tu restais, frileuse, auprès du poêle…Et maintenant, bien protégée de la fraîcheur du crépuscule, tu te plaisais à goûter le charme silencieux et discret du soir, assise immobile à l'ombre du cerisier qui bordait la tonnelle…L'arbre généreux s'épanouissait sous le nouvel été , et ses branches lourdes regorgeaient de ces petites cerises acidulées, d'un beau rouge sombre et brillant, qui, bientôt cueillies, feraient de noires confitures ou de délicieuses cerises à l'eau-de-vie que l'on irait chercher plus tard, comme un réconfort aux soirs de novembre, les cueillant délicatement à la cuiller dans le bocal chaleureux et nostalgique…Tu es là et je te vois…Les mains posées devant toi, sur la table de marbre ébréchée, tu regardes ce jour de juin qui peu à peu s'éteint. Tu ne dis rien…Pareille aux oiseaux qui se taisent, tu respectes le silence mystérieux et sacré du crépuscule ; et si quelqu'un était là, près de toi, sûrement tu lui parlerais à voix basse, pour ne pas réveiller la nature qui s'endort…Le temps va passer, lent et calme, et quand il fera presque nuit, tout à l'heure, quand les croix du vieux cimetière, de l'autre côté de la rue, ne seront plus que des ombres noires sur un ciel pommelé et rougeoyant, tu quitteras lentement ta chaise pliante de bois jaune, et tu regagneras la maison…Demain se lèvera un jour nouveau, et puis un autre, un autre encore, chacun semblable au précédent, chacun pourtant si différent, dans le cours d'une vie à la fois longue et brève…Non, tu n'as pas gardé le souvenir de ce soir de juin, mais moi, depuis ce temps, j'ai croisé bien souvent ton regard plein de douceur, tes yeux dont la couleur, chaleureuse et dorée, évoque celle des noisettes, des châtaignes, et des feuilles qui brunissent en reflets pailletés dans les tourbillons de l'automne…Je pourrais aussi parler de ta bouche, parce qu'il y avait, de chaque côté, comme un petit pli amer et tombant qui évoquait une tristesse désabusée, une sorte de résignation profonde et fataliste dont je n'ai jamais connu la cause. Tes lèvres étaient minces et serrées, comme si elles ne savaient pas sourire…ou comme si tu voulais, avec une obstination inutile, cacher un chagrin au plus profond de toi…Je pourrais encore te dire…mais à quoi bon, il y a si longtemps maintenant, trop longtemps…tu ne me répondrais pas. C'était juste avant la guerre, en 1939, et d'ailleurs je n'étais pas né encore…Je ne t'ai pas connue, et pourtant je t'ai vue, souvent, car j'ai retrouvé en mon père bon nombre de ces traits qui étaient les tiens et que tu lui avais légués, car tu étais sa mère…

J'ai vu tout cela par hasard, en feuilletant un vieil album de photos, un jour de pluie…Tu t'en es allée trop tôt, tu es partie sans me connaître, pour un au-delà qu'on nous promet et qui peut-être n'existe pas ; tu m'as laissé pourtant, sans le savoir, un peu de ton image, sur moi-même peut-être, et c'est pourquoi je te dis tu, car si je t'avais connue, je t'aurais appelée "Grand-mère" !…

Bel hommage.
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Sam 19 Juil 2014 - 19:52


À celui (celle) qui est adepte de la proscratination:





"Imaginez que chaque matin, une banque vous ouvre un compte de 86400 euro.

Simplement, il y a deux règles à respecter :

- La première règle est que tout ce que vous n'avez pas dépensé dans la journée vous est enlevé le soir. Vous ne pouvez pas tricher, ne pouvez pas virer cet argent sur un autre compte, ne pouvez que le dépenser mais chaque matin au réveil, la banque vous ré-ouvre un nouveau compte, avec à nouveau 86400 euro; pour la journée.

- Deuxième règle la banque peut interrompre ce « jeu » sans préavis ; à n'importe quel moment elle peut vous dire que c'est fini, qu'elle ferme le compte et qu'il n y en aura pas d'autre. Que feriez-vous ? A mon avis, vous dépenseriez chaque euro à vous faire plaisir, et à offrir quantité de cadeaux aux gens que vous aimez. Vous feriez en sorte d'utiliser chaque euros pour apporter du bonheur dans votre vie et dans celle de ceux qui vous entourent.

Cette banque magique, nous l'avons tous, c'est le temps !

Chaque matin, au réveil, nous sommes crédités de 86400 secondes de vie pour la journée, et lorsque nous nous endormons le soir, il n'y a pas de report. Ce qui n'a pas été vécu dans la journée est perdu, hier vient de passer. Chaque matin, cette magie recommence. Nous jouons avec cette règle incontournable : la banque peut fermer notre compte à n'importe quel moment, sans aucun préavis et la vie peut s'arrêter. Alors qu'en faisons-nous de nos 86400 secondes quotidiennes ?

La vie est courte, même pour ceux qui passent leur temps à la trouver longue... Alors profitez-en !"

 flmulti 
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Jeu 24 Juil 2014 - 19:26

Bonjour,

je mets ici un lien pour un .PPS , en attendant que le Salon se réorganise pour les discussions , vidéos etc....


fichier PPS: Eglises_Insolites.pps à télécharger .

Clic manuel pour voir l'image + 2°clic sur l'image pour voir le commentaire
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Sam 26 Juil 2014 - 15:33



j'aime énormément les petits films d'animation,et les partager avec celles, ceux que cela interessent:




 flmulti 





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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Dim 27 Juil 2014 - 20:04

Pour votre plaisir et peut être votre étonnement : que de beautés immuables, enfin, considérées dans le temps de notre passage sur terre .


fichier PPS: Tchad_Ennedi.pps

 flmulti
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Lun 28 Juil 2014 - 12:29

j'en suis à ton petit film du moine et du chien , pour moi c'est un arrêt dans le temps qui repompe le coeur , merci  amours3
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Sam 2 Aoû 2014 - 22:08

Texte :

"
Papa ouvre la fenêtre et répare des mètres. Pourquoi la fenêtre ? Parce que c'est le seul coin que maman lui permet. Elle n'a que le dimanche pour faire son ménage, la semaine elle fait celui des autres, le matin, et leur lessive, l'après-midi. Le dimanche matin, ça voltige et ça houspille, chez nous. Papa prend l'appui de ciment de la fenêtre comme établi, il étale dessus son petit fourbi. Le machin en fer où s'enfonce la tige de l'espagnolette lui tient lieu d'enclume, et d'enclume bien commode même, grâce au trou qu'il y a au milieu. Le trou lui sert à chasser les rivets des bouts de mètres cassés, le tour du trou lui sert à river les clous qui servent de rivets aux bouts de mètres neufs. Avec un paquet de vieux mètres, papa en fait un neuf. Quand il est fait, il le regarde au soleil, content comme tout. Il y a juste le nombre de branches qu'il faut, cinq pour un mètre simple, dix pour un double-mètre, juste le nombre, pas une branche de plus ou de moins, merde, c'est pas un con, papa. Je suis très fier de lui.

Un jour je demande à papa :

"Papa, pourquoi ils se suivent pas, les numéros ?"

Papa m'a regardé, il a craché un long jus de chique par la fenêtre, du coin de la bouche –pour ça aussi, je l'admire beaucoup – et il a dit :

"Ma, qué nouméros ?

- Les numéros sur le mètre. Là il y a 60, et juste après il y a 25, et juste après 145

- Ma qu'est-ce qué t'as bisoin les nouméros ? Tou régardes combien qu'il y a les branches, et basta, va bene. Quatre branches, ça veut dire quatre-vingt. Ecco. Pour les pétites centimètres toutes pétites qui sont en plus, tout comptes avec le doigt, à peut près, quoi, voyons, faut pas perdre le temps à des conneries, qué le plâtre, lui tout sais, le plâtre, il attend pas, lui?"

Je pense que papa en a bien marre de se faire traiter de feignant et de rital par sa panthère, il descend dans la rue faire un tour. Maman pourrait continuer à lui gueuler dessus par la fenêtre, mais elle a son quant-à-soi, elle est française, elle, elle ne vit pas à ciel ouvert sur la place publique, elle a bien trop de fierté pour ça. Elle se contente de ronchonner à la cantonade, à grosse rocailleuse voix morvandelle, en secouant sa literie avec haine, et tous les feignants du monde en prennent un sacré coup, je ne nomme personne, et tous ces mielleux tous ces pouilleux qui viennent manger le pain des Français sans avoir le courage de vous dire merde en face, race d'hypocrites, ah ! là ! là ! à bon entendeur salut.

Maman, quelle bourrasque !!!

Moi aussi, je file dans la rue, sans quoi je suis bon pour encaustiquer le parquet, faire briller les pieds de la table, moulure par moulure ou faire monter les œufs en neige à en avoir des crampes dans les bras."

Extrait de Les Ritals de F Cavanna.


 flmulti
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Dim 3 Aoû 2014 - 13:28

Qui a dit que les jours se suivent et se ressemblent?

Pour moi, aujourd'hui , c'est ça :




 flmulti
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Sam 9 Aoû 2014 - 19:07



Navigateur chilien, Felipe Cubillos (décédé en 2011) a écrit ce texte quelques heures avant de franchir la ligne d’arrivée de son Tour du Monde à la voile. Il y décrit de façon simple ce qu’il a appris de ce tour du monde et donne à ses lecteurs ce qu’on pourrait appeler des leçons de vie, tirées de sa propre expérience.

1.. Au sujet des enfants, définitivement, ce ne sont pas les tiens, aime-les seulement, et essaye de les éduquer par l’exemple, et si tu peux, transmets-leur le désir de réaliser leurs rêves, et pas les tiens. Et n’attends pas d’eux qu’ils te remercient de tout ce que tu fais pour eux ; ce remerciement viendra bien des années plus tard, peut-être quand alors tu seras devenu un grand-père/une grand-mère (c’est là qu’ils sauront alors ce que c’est que d’être père/mère). Mais si entre temps, ils parviennent à te dire qu’ils sont fiers d’être ton fils/ta fille, considère-toi récompensé au centuple. Et si l’un d’eux devait partir avant toi, qu’au moins tu te consoles en pensant que tu lui as dit très souvent combien tu l’aimais.

2.. Concernant tes parents, n’arrête jamais de les remercier de t’avoir amené à ce monde merveilleux et de t’avoir donné ne serait-ce que la possibilité de vivre, rien que ça, vivre !!!

3.. Concernant la mer, le vent et la nature, admire-la et protège-la, elle est unique et nous n’en avons pas d’autre. Et la mer et le vent, n’essaye jamais de les vaincre, et encore moins de les défier. Ils gagneront toujours. Si tu veux être un navigateur, habitue-toi à vivre en crise permanente.

4.. Concernant les limites, elles n’existent pas, ou alors elles sont bien plus loin que ce que tu imagines. Combien plus loin ? C’est la question, il faut aller à l’extrême, c’est là que tu le découvriras.

5.. Au sujet du talent, il ne sert à rien s’il n’est pas accompagné de détermination, planification, discipline et persévérance. Le talent est éphémère, la détermination, éternelle.

6.. Concernant l’amour, remercie l’univers si tu te réveilles tous les matins avec un baiser et un sourire. Et fais comme les abeilles et les papillons, qui ne cherchent pas la fleur la plus belle du jardin, mais celle qui a le plus grand contenu.

7.. Concernant la société, on aide toujours ceux qui demandent et vocifèrent, mais ceux de qui je parle, ils ne demandent pas d’aide, ils ont juste besoin d’une opportunité. Je rêve encore d’une société plus juste et plus humaine.

8.. Concernant le leadership, ce qui manque dans le monde actuel, ce sont ces leaders qui faisaient ce qu’il faut faire et disaient ce qu’il faut dire, sans attendre de résultats immédiats dans les sondages. Je parle de ceux qui tracent un chemin, pas ceux qui suivent les masses.

9.. Concernant la richesse, une fois que tu as financé ton fonds de caisse, essaye d’acheter plus de temps que d’argent, et plus de liberté que d’esclavage.

10.. Concernant l’angoisse et l’amertume, quand tu crois que ce n’est pas possible, que les problèmes t’accablent, que tu n’en peux plus, donne-toi un instant pour regarder les étoiles et attends l’aube éveillé, alors tu découvriras que le soleil apparaît toujours, toujours !!!

11.. Concernant le triomphe, si tu veux triompher, tu dois être prêt à échouer mille fois et prêt à perdre tout ce que tu auras rassemblé. Et ne crains pas de tout perdre, car si tu l’avais bien gagné, tu le récupèreras forcément au centuple.

12.. Concernant le présent, vis-le intensément, c’est l’unique instant qui importe vraiment, ceux qui vivent cramponnés au passé sont déjà morts et ceux qui vivent en rêvant au futur, eux ne sont pas encore nés.

13.. Concernant le succès et l’échec, reconnais-les comme deux imposteurs mais apprends surtout des échecs, les tiens et ceux des autres, il y a là trop de connaissances qu’on n’utilise pas généralement.

14.. Concernant les amis, choisis ceux qui sont avec toi quand tu es au sol, car quand tu seras dans la gloire, tu en auras trop.

15.. Concernant l’équipe, motive-la dans les moments difficiles et ne laisse jamais l’un de ses membres t’abandonner parce qu’il a fait une erreur, c’est celui-là le plus important.

16.. Concernant ton pays, aime la terre qui t’a vu naître, travaille pour faire de ton pays un endroit meilleur pour tous, et brandis ton drapeau avec fierté, quel qu’il soit […].

17.. Concernant l’effort, ne renonce jamais, ne t’imagine pas que quand quelque chose coûte beaucoup c’est parce qu’il ne doit pas arriver, c’est juste l’Univers qui te met à l’épreuve pour voir si tu mérites ou pas le succès.

18.. Concernant la peur, ne la crains pas, c’est un grand compagnon, mais qu’elle ne t’immobilise pas, et ne crains pas d’être fou ou ridicule : l’histoire nous enseigne que les grands apprentissages et les impressionnantes découvertes sont le produit de ces instants.

19.. Concernant Dieu et le Ciel, je crois que si on agit en faisant le bien, on peut être sur la liste d’attente si le Ciel existe, et s’il n’existe pas, on aura eu notre propre ciel sur cette Terre. Et Dieu, je ne l’ai pas trouvé seulement dans la Mer du Sud, dans les nuages, les tempêtes, les vagues, ni dans l’objectif ni dans les départs ; il a toujours été avec nous, au fond, tout au fond de nous.

20.. Quand tu as des doutes sur ce que tu dois faire, demande-toi quel est ton Cap Horn, équipe-toi d’un petit sac à dos avec juste le nécessaire pour survivre et commence à marcher. N’arrête jamais de regarder le ciel, alors tu découvriras l’albatros, qui t’apprendra à décoller avec effort et à voler en liberté. Et tu te rendras compte que tu n’as pas besoin de voler en bande.

21.. Ne renonce jamais, jamais à tes rêves, poursuis-les passionnément et si tu ne les atteins pas, peu importe, rien que le fait de parcourir ce chemin aura valu la peine de vivre ; et pourvu que le rêve que tu poursuis soit le rêve impossible.

22.. Si tu as la chance un jour d’affronter des rivaux de la taille de ceux que nous avons affrontés pendant cette régate, honore-les, admire-les, mais donne tout ce que tu as pour les vaincre en bonne lutte, car ils le méritent.

23.. Si le jour de ma mort, on me donne la possibilité de renaître, je choisis d’être un albatros et de voler dans la Mer du Sud, et de regarder les intrépides navigateurs qui risquent leur vie et quittent tout à la recherche de leur rêve, à la recherche de leur rêve impossible.

24.. Et ne prends jamais trop au sérieux un navigateur qui termine un Tour du Monde, il sait juste naviguer un peu mieux, rien de plus !!

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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Mar 12 Aoû 2014 - 22:03



Un poème :


La mer et l’amour



Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer,
L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

Pierre de Marbeuf (1596-1645), poète français.
************************

 flmulti 
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Message Sujet: Re: vos coups de coeur et poemes    Ven 15 Aoû 2014 - 13:46

 
Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres


 
Étoile de la mer voici la lourde nappe
Et la profonde houle et l’océan des blés
Et la mouvante écume et nos greniers comblés,
Voici votre regard sur cette immense chape

Et voici votre voix sur cette lourde plaine
Et nos amis absents et nos cœurs dépeuplés,
Voici le long de nous nos poings désassemblés
Et notre lassitude et notre force pleine.

Étoile du matin, inaccessible reine,
Voici que nous marchons vers votre illustre cour,
Et voici le plateau de notre pauvre amour,
Et voici l’océan de notre immense peine.

Un sanglot rôde et court par-delà l’horizon.
À peine quelques toits font comme un archipel.
Du vieux clocher retombe une sorte d’appel.
L’épaisse église semble une basse maison.

Ainsi nous naviguons vers votre cathédrale.
De loin en loin surnage un chapelet de meules,
Rondes comme des tours, opulentes et seules
Comme un rang de châteaux sur la barque amirale.

Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre
Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux.
Mille ans de votre grâce on fait de ces travaux
Un reposoir sans fin pour l’âme solitaire.

Vous nous voyez marcher sur cette route droite,
Tout poudreux, tout crottés, la pluie entre les dents.
Sur ce large éventail ouvert à tous les vents
La route nationale est notre porte étroite.

Nous allons devant nous, les mains le long des poches,
Sans aucun appareil, sans fatras, sans discours,
D’un pas toujours égal, sans hâte ni recours,
Des champs les plus présents vers les champs les plus proches.

Vous nous voyez marcher, nous sommes la piétaille.
Nous n’avançons jamais que d’un pas à la fois.
Mais vingt siècles de peuple et vingt siècles de rois,
Et toute leur séquelle et toute leur volaille

Et leurs chapeaux à plume avec leur valetaille
Ont appris ce que c’est que d’être familiers,
Et comme on peut marcher, les pieds dans ses souliers,
Vers un dernier carré le soir d’une bataille.

Nous sommes nés pour vous au bord de ce plateau,
Dans le recourbement de notre blonde Loire,
Et ce fleuve de sable et ce fleuve de gloire
N’est là que pour baiser votre auguste manteau.

Nous sommes nés au bord de ce vaste plateau,
Dans l’antique Orléans sévère et sérieuse,
Et la Loire coulante et souvent limoneuse
N’est là que pour laver les pieds de ce coteau.

Nous sommes nés au bord de votre plate Beauce
Et nous avons connu dès nos plus jeunes ans
Le portail de la ferme et les durs paysans
Et l’enclos dans le bourg et la bêche et la fosse.

Nous sommes nés au bord de votre Beauce plate
Et nous avons connu dès nos premiers regrets
Ce que peut recéler de désespoirs secrets
Un soleil qui descend dans un ciel écarlate

Et qui se couche au ras d’un sol inévitable
Dur comme une justice, égal comme une barre,
Juste comme une loi, fermé comme une mare,
Ouvert comme un beau socle et plan comme une table.

Un homme de chez nous, de la glèbe féconde
A fait jaillir ici d’un seul enlèvement,
Et d’une seule source et d’un seul portement,
Vers votre assomption la flèche unique au monde.

Tour de David voici votre tour beauceronne.
C’est l’épi le plus dur qui soit jamais monté
Vers un ciel de clémence et de sérénité,
Et le plus beau fleuron dedans votre couronne.

Un homme de chez nous a fait ici jaillir,
Depuis le ras du sol jusqu’au pied de la croix,
Plus haut que tous les saints, plus haut que tous les rois,
La flèche irréprochable et qui ne peut faillir.

C’est la gerbe et le blé qui ne périra point,
Qui ne fanera point au soleil de septembre,
Qui ne gèlera point aux rigueurs de décembre,
C’est votre serviteur et c’est votre témoin.

C’est la tige et le blé qui ne pourrira pas,
Qui ne flétrira point aux ardeurs de l’été,
Qui ne moisira point dans un hiver gâté,
Qui ne transira point dans le commun trépas.

C’est la pierre sans tache et la pierre sans faute,
La plus haute oraison qu’on ait jamais portée,
La plus droite raison qu’on ait jamais jetée,
Et vers un ciel sans bord la ligne la plus haute.

Celle qui ne mourra le jour d’aucunes morts,
Le gage et le portrait de nos arrachements,
L’image et le tracé de nos redressements,
La laine et le fuseau des plus modestes sorts.

Nous arrivons vers vous du lointain Parisis.
Nous avons pour trois jours quitté notre boutique,
Et l’archéologie avec la sémantique,
Et la maigre Sorbonne et ses pauvres petits.

D’autres viendront vers vous du lointain Beauvaisis.
Nous avons pour trois jours laissé notre négoce,
Et la rumeur géante et la ville colosse,  
D’autres viendront vers vous du lointain Cambrésis.

Nous arrivons vers vous de Paris capitale.
C’est là que nous avons notre gouvernement,
Et notre temps perdu dans le lanternement,
Et notre liberté décevante et totale.

Nous arrivons vers vous de l’autre Notre-Dame,
De celle qui s’élève au cœur de la cité,
Dans sa royale robe et dans sa majesté,
Dans sa magnificence et sa justesse d’âme.

Comme vous commandez un océan d’épis,
Là-bas vous commandez un océan de têtes,
Et la moisson des deuils et la moisson des fêtes
Se couche chaque soir devant votre parvis.

Nous arrivons vers vous du noble Hurepoix.
C’est un commencement de Beauce à notre usage,
Des fermes et des champs taillés à votre image,
Mais coupés plus souvent par des rideaux de bois,

Et coupés plus souvent par de creuses vallées
Pour l’Yvette et la Bièvre et leurs accroissements,
Et leurs savants détours et leurs dégagements,
Et par les beaux châteaux et les longues allées.

D’autres viendront vers vous du noble Vermandois,
Et des vallonnements de bouleaux et de saules.
D’autres viendront vers vous des palais et des geôles.
Et du pays picard et du vert Vendômois.

Mais c’est toujours la France, ou petite ou plus grande,
Le pays des beaux blés et des encadrements,
Le pays de la grappe et des ruissellements,
Le pays de genêts, de bruyère, de lande.

Nous arrivons vers vous du lointain Palaiseau
Et des faubourgs d’Orsay par Gometz-le-Châtel,
Autrement dit Saint-Clair ; ce n’est pas un castel ;
C’est un village au bord d’une route en biseau.

Nous avons débouché, montant de ce coteau,
Sur le ras de la plaine et sur Gometz-la-Ville
Au-dessus de Saint-Clair ; ce n’est pas une ville ;
C’est un village au bord d’une route en plateau.

Nous avons descendu la côte de Limours.
Nous avons rencontré trois ou quatre gendarmes.
Ils nous ont regardé, non sans quelques alarmes,
Consulter les poteaux aux coins des carrefours.

Nous avons pu coucher dans le calme Dourdan.
C’est un gros bourg très riche et qui sent sa province.
Fiers nous avons longé, regardés comme un prince,
Les fossés du château coupés comme un redan.

Dans la maison amie, hôtesse et fraternelle
On nous a fait coucher dans le lit du garçon.
Vingt ans de souvenirs étaient notre échanson.
Le pain nous fut coupé d’une main maternelle.

Toute notre jeunesse était là solennelle.
On prononça pour nous le Bénédicité.
Quatre siècles d’honneur et de fidélité
Faisaient des draps du lit une couche éternelle.

Nous avons fait semblant d’être un gai pèlerin
Et même un bon vivant et d’aimer les voyages,
Et d’avoir parcouru cent trente-et-un bailliages,
Et d’être accoutumés d’être sur le chemin.

La clarté de la lampe éblouissait la nappe.
On nous fit visiter le jardin potager.
Il donnait sur la treille et sur un beau verger.
Tel fut le premier gîte et la tête d’étape.

Le jardin était clos dans un coude de l’Orge.
Vers la droite il donnait sur un mur bocager
Surmonté de rameaux et d’un arceau léger.
En face un maréchal, et l’enclume, et la forge.

Nous nous sommes levés ce matin devant l’aube.
Nous nous sommes quittés après les beaux adieux.
Le temps s’annonçait bien. On nous a dit tant mieux.
On nous a fait goûter de quelque bœuf en daube,

Puisqu’il est entendu que le bon pèlerin
Est celui qui boit ferme et tient sa place à table,
Et qu’il n’a pas besoin de faire le comptable,
Et que c’est bien assez de se lever matin.

Le jour était en route et le soleil montait
Quand nous avons passé Sainte-Mesme et les autres.
Nous avancions déjà comme deux bons apôtres.
Et la gauche et la droite était ce qui comptait.

Nous sommes remontés par le Gué de Longroy.
C’en est fait désormais de nos atermoiements,
Et de l’iniquité des dénivellements :
Voici la juste plaine et le secret effroi

De nous trouver tout seuls et voici le charroi
Et la roue et les bœufs et le joug et la grange,
Et la poussière égale et l’équitable fange
Et la détresse égale et l’égal désarroi.

Nous voici parvenus sur la haute terrasse
Où rien ne cache plus l’homme de devant Dieu,
Où nul déguisement ni du temps ni du lieu
Ne pourra nous sauver, Seigneur, de votre chasse.

Voici la gerbe immense et l’immense liasse,
Et le grain sous la meule et nos écrasements,
Et la grêle javelle et nos renoncements,
Et l’immense horizon que le regard embrasse.

Et notre indignité cette immuable masse,
Et notre basse peur en un pareil moment,
Et la juste terreur et le secret tourment
De nous trouver tout seuls par devant votre face.

Mais voici que c’est vous, reine de majesté,
Comment avons-nous pu nous laisser décevoir,
Et marcher devant vous sans vous apercevoir.
Nous serons donc toujours ce peuple inconcerté.

Ce pays est plus ras que la plus rase table.
À peine un creux du sol, à peine un léger pli.
C’est la table du juge et le fait accompli,
Et l’arrêt sans appel et l’ordre inéluctable.

Et c’est le prononcé du texte insurmontable,
Et la mesure comble et c’est le sort empli,
Et c’est la vie étale et l’homme enseveli,
Et c’est le héraut d’arme et le sceau redoutable.

Mais vous apparaissez, reine mystérieuse.
Cette pointe là-bas dans le moutonnement
Des moissons et des bois et dans le flottement
De l’extrême horizon ce n’est point une yeuse,

Ni le profil connu d’un arbre interchangeable.
C’est déjà plus distante, et plus basse, et plus haute,
Ferme comme un espoir sur la dernière côte,
Sur le dernier coteau la flèche inimitable.

D’ici vers vous, ô reine, il n’est plus que la route.
Celle-ci nous regarde, on en a bien fait d’autres.
Vous avez votre gloire et nous avons les nôtres.
Nous l’avons entamée, on la mangera toute.

Nous savons ce que c’est qu’un tronçon qui s’ajoute
Au tronçon déjà fait et ce qu’un kilomètre
Demande de jarret et ce qu’il faut en mettre :
Nous passerons ce soir par le pont et la voûte

Et ce fossé profond qui cerne le rempart.
Nous marchons dans le vent coupés par les autos.
C’est ici la contrée imprenable en photos,
La route nue et grave allant de part en part.

Nous avons eu bon vent de partir dès le jour.
Nous coucherons ce soir à deux pas de chez vous,
Dans cette vieille auberge où pour quarante sous
Nous dormirons tout près de votre illustre tour.

Nous serons si fourbus que nous regarderons,
Assis sur une chaise auprès de la fenêtre,
Dans un écrasement du corps et de tout l’être,
Avec des yeux battus, presque avec des yeux ronds,

Et les sourcils haussés jusque dedans nos fronts,
L’angle une fois trouvé par un seul homme au monde,
Et l’unique montée ascendante et profonde,
Et nous serons recrus et nous contemplerons.

Voici l’axe et la ligne et la géante fleur.
Voici la dure pente et le contentement.
Voici l’exactitude et le consentement.
Et la sévère larme, ô reine de douleur.

Voici la nudité, le reste est vêtement.
Voici le vêtement, tout le reste est parure.
Voici la pureté, tout le reste est souillure.
Voici la pauvreté, le reste est ornement.

Voici la seule force et le reste est faiblesse.
Voici l’arête unique et le reste est bavure.
Et la seule noblesse et le reste est ordure.
Et la seule grandeur et le reste est bassesse.

Voici la seule foi qui ne soit point parjure.
Voici le seul élan qui sache un peu monter.
Voici le seul instant qui vaille de compter.
Voici le seul propos qui s’achève et qui dure.

Voici le monument, tout le reste est doublure.
Et voici notre amour et notre entendement.
Et notre port de tête et notre apaisement.
Et le rien de dentelle et l’exacte moulure.

Voici le beau serment, le reste est forfaiture.
Voici l’unique prix de nos arrachements,
Le salaire payé de nos retranchements.
Voici la vérité, le reste est imposture.

Voici le firmament, le reste est procédure.
Et vers le tribunal voici l’ajustement.
Et vers le paradis voici l’achèvement.
Et la feuille de pierre et l’exacte nervure.

Nous resterons cloués sur la chaise de paille.
Et nous n’entendrons pas et nous ne verrons pas
Le tumulte des voix, le tumulte des pas,
Et dans la salle en bas l’innocente ripaille.

Ni les rouliers venus pour le jour du marché.
Ni la feinte colère et l’éclat des jurons :
Car nous contemplerons et nous méditerons
D’un seul embrassement la flèche sans péché.

Nous ne sentirons pas ni nos faces raidies,
Ni la faim ni la soif ni nos renoncements,
Ni nos raides genoux ni nos raisonnements,
Ni dans nos pantalons nos jambes engourdies.

Perdus dans cette chambre et parmi tant d’hôtels,
Nous ne descendrons pas à l’heure du repas,
Et nous n’entendrons pas et nous ne verrons pas
La ville prosternée au pied de vos autels.

Et quand se lèvera le soleil de demain,
Nous nous réveillerons dans une aube lustrale,
À l’ombre des deux bras de votre cathédrale,
Heureux et malheureux et perclus du chemin.

Nous venons vous prier pour ce pauvre garçon
Qui mourut comme un sot au cours de cette année,
Presque dans la semaine et devers la journée
Où votre fils naquit dans la paille et le son.

Ô Vierge, il n’était pas le pire du troupeau.
Il n’avait qu’un défaut dans sa jeune cuirasse.
Mais la mort qui nous piste et nous suit à la trace
A passé par ce trou qu’il s’est fait dans la peau.

Il était né vers nous dans notre Gâtinais.
Il commençait la route où nous redescendons.
Il gagnait tous les jours tout ce que nous perdons.
Et pourtant c’était lui que tu te destinais,

Ô mort qui fus vaincue en un premier caveau.
Il avait mis ses pas dans nos mêmes empreintes.
Mais le seul manquement d’une seule des craintes
Laissa passer la mort par un chemin nouveau.

Le voici maintenant dedans votre régence.
Vous êtes reine et mère et saurez le montrer.
C’était un être pur. Vous le ferez rentrer
Dans votre patronage et dans votre indulgence.

Ô reine qui lisez dans le secret du cœur,
Vous savez ce que c’est que la vie ou la mort,
Et vous savez ainsi dans quel secret du sort
Se coud et se découd la ruse du traqueur.

Et vous savez ainsi sur quel accent du chœur
Se noue et se dénoue un accompagnement,
Et ce qu’il faut d’espace et de déboisement
Pour laisser débouler la meute du piqueur.

Et vous savez ainsi dans quel recreux du port
Se prépare et s’achève un noble enlèvement,
Et par quel jeu d’adresse et de gouvernement
Se dérobe ou se fixe un illustre support.

Et vous savez ainsi sur quel tranchant du glaive
Se joue et se déjoue un épouvantement,
Et par quel coup de pouce et quel balancement
L’un des plateaux descend pour que l’autre s’élève.

Et ce que peut coûter la lèvre du moqueur,
Et ce qu’il faut de force et de recroisement
Pour faire par le coup d’un seul retournement
D’un vaincu malheureux un malheureux vainqueur.

Mère le voici donc, il était notre race,
Et vingt ans après nous notre redoublement.
Reine recevez-le dans votre amendement.
Où la mort a passé, passera bien la grâce.

Nous, nous retournerons par ce même chemin.
Ce sera de nouveau la terre sans cachette,
Le château sans un coin et sans une oubliette,
Et ce sol mieux gravé qu’un parfait parchemin.

Et nunc et in hora, nous vous prions pour nous
Qui sommes plus grands sots que ce pauvre gamin,
Et sans doute moins purs et moins dans votre main,
Et moins acheminés vers vos sacrés genoux.

Quand nous aurons joué nos derniers personnages,
Quand nous aurons posé la cape et le manteau,
Quand nous aurons jeté le masque et le couteau,
Veuillez vous rappeler nos longs pèlerinages.

Quand nous retournerons en cette froide terre,
Ainsi qu’il fut prescrit pour le premier Adam,
Reine de Saint-Chéron, Saint-Arnould et Dourdan,
Veuillez vous rappeler ce chemin solitaire.

Quand on nous aura mis dans une étroite fosse,
Quand on aura sur nous dit l’absoute et la messe,
Veuillez vous rappeler, reine de la promesse,
Le long cheminement que nous faisons en Beauce.

Quand nous aurons quitté ce sac et cette corde,
Quand nous aurons tremblé nos derniers tremblements,
Quand nous aurons raclé nos derniers raclements,
Veuillez vous rappelez votre miséricorde.

Nous ne demandons rien, refuge du pécheur,
Que la dernière place en votre Purgatoire,
Pour pleurer longuement notre tragique histoire,
Et contempler de loin votre jeune splendeur.

Charles Péguy


Souvenir personnel d'un pélérinage étudiant à Chartres un 15 Août, il y a ...


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